Nul rayon, ce matin, n' a pénétré la brume, Et le lâche soleil est monté sans rien voir. Aujourd' hui dans mes yeux nul désir ne s' allume; Songe au présent, mon âme, et cesse de vouloir. Le vieil astre s' éteint comme un bloc sur l' enclume, Et rien n' a rejailli sur les rideaux du soir. Je sombre tout entier dans ma propre amertume; Songe au passé, mon âme, et vois comme il est noir! Les anges de la nuit traînent leurs lourds suaires; Ils ne suspendront pas leurs lampes au plafond; Mon âme, songe à ceux qui sans pleurer s' en vont! Songe aux échos muets des anciens sanctuaires. Sépulcre aussi, rempli de cendres jusqu' aux bords, Mon âme, songe à l' ombre, au sommeil, songe aux morts! Léon Dierx (1838-1912)